Seulement par où passe cet intérêt des société civiles occidentales pour la cause de ce Tibet lointain. Par la simple action et aura des ONG ? Par une conscience démocratique et un attachement aux valeurs humanistes ? Par un altruisme humain d'une valeur intrinsèque ? Rien n'est moins sûr. Rien n'est plus regrettable. Le vecteur premier de cet intérêt subit pour la cause tibétaine est, sans aucun doute, l'importance donnée par les médias. Ni les discours du Dalaï Lama, ni les interventions des intellectuels médiatiques ont eu l'effet de cette avalanche d'informations. Mais peut on pour autant blâmer ces journaliste qui font la lumière sur la condition de ce peuple opprimé ? Serait ce vraiment pertinent de faire encore une fois le procès des médias ?
Les médias s'agitent tous azimuts, mais il ne font que répondre à l'intérêt d'un public qui par extension devient l'opinion publique. Les occidentaux aiment ce genre de causes, et les tibétains le savent bien et c'est leur droit le plus souverain de profiter de cet événement pour faire connaître leur maux. Si les occidentaux aiment, les médias répondent. Si les médias répondent, l'opinion publique se crée. Et pour cause, le politologue Alain Garrigou écrit dans Problème politiques et sociaux, « Il n'y aurait pas de d'opinion [publique] du tout car les sondés n'en ont pas sur des questions qu'ils ne se posent pas ». De même, dans le célèbre L'opinion publique n'existe pas, Pierre Bourdieu écrit que « Dans le simple fait de poser la même question à tout le monde se trouve l'hypothèse qu'il y a un consensus sur les problèmes , autrement dit qu'il y a un accord sur les questions qui méritent d'être posée ». En effet, l'actualité et les médias sont les sources de l'opinion publique. Dans le cas tibétain, cela se justifie. Mais sans vouloir tomber dans les délires paranoïaques d'un Ignacio Ramonet, les médias peuvent faire l'actualité. Conséquence immédiate : Les avocats improvisés de toutes les causes humanitaires ne seraient en réalité que des pions.
Mais les choses ne sont pas si simples. La solidarité manifesté pour la cause tibétaine, pour les victimes du Tsunami en 2004, pour les victimes de la FARC, pour les minorités en Irak, pour les palestiniens, entre autres, -je veux bien le croire- sont sincères. Sans vouloir faire de cela une Dow Jones des passions démocratiques, pourquoi le Timor-est nous intéresse moins ? Et pourquoi la dictature en Guinée Equatoriale est elle plus supportable ? Et pourquoi on a du attendre que le monarque espagnol Juan Carlos I prononce son aujourd'hui célèbre « ¿porque no te callas ?» pour que les intellectuels et hommes politiques européens se désabusent (tel que Jean-Luc Mélenchon) du régime chavistes ? Et le conflit contre les FARC n'est il pas la guérilla la plus ancienne ?
Pour Alain Garrigou : « Dans les pays démocratiques nous sommes tous incités à penser que nous avons tous une opinion et que nous serions pas des humains si nous n'avions pas d'opinion. »* Certes, mais qu'est ce qui nous poussent à avoir une opinion ? Les médias. Ils font de nous les avocats de causes nouvelles tous les 4 mois, et nous émerveillent en réveillant nos « passions démocratiques », pour reprendre l'expression d'Alexis de Tocqueville, avec l'exotisme d'un nouveau pays lointain. Et si on en entend plus parler de ces « nègres de Surinam », ce n'est point parce que tout va mieux dans le meilleurs des mondes possibles, mais soit que cette dite « opinion publique » s'en lasse ou qu'un nouveau nègre plus miséreux et spectaculaire –plus médiatique en somme- a été trouvé.
* interview à Libretélé.fr 16 avril 2007